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Jean-Louis Perrot
Quand je me retourne pour voir le chemin parcouru, je suis effaré
par sa sinuosité...ça ne ressemble à rien...ça
ne ressemble en tout cas pas à ces voies magnifiques, sans faille
qu’on me montre chez ces artistes que j'admire, indiscutables de
force et de cohérence et de sensibilité.
J'ai pourtant fait ce qu'il fallait, soigneusement mis un pied devant
l’autre, j'ai cherché cette réponse opportune à
chaque instant, confiant, comme si la vie était éternelle,
comme s'il serait toujours temps de rehausser un trait, de redresser un
axe, de modifier une teinte, d'affiner une matière, de concentrer
un volume, de trouver le mot juste, le bon rythme, la sonorité
excellente, le concept approprié, toujours temps de mieux aimer...et
ce chemin sinueux...
Puis un jour, à la radio j'entend ce physicien expliquer que "le
temps c'est ce que la nature a inventé pour éviter que tout
ne se passe en même temps"...
Que "le temps est aliénation alors que l'espace est liberté",
(qu'est ce qu'il leur prends à ces physiciens de se mêler
d'autre chose que de physique? ) .
Et je me dis que si la liberté est inhérente à l'art
c'est que peut-être il répond aux lois de la physique ?.
Ou encore peut-être qu'il est par essence, perpétuelle résistance
au temps?.
Et que dire de cet incroyable paradigme de la forme et de l'apparence
qui dévore notre civilisation à tel point que nous ne trouvons
plus le soleil à son zénith.
Et ce promeneur qui lit le paysage, jouit des contours d'un nuage, frissonne
de rosée au petit matin, est il un artiste?.
Et l'autre, qui nous dit que sa "contribution essentielle à
l'histoire de l'art est d'affirmer que tout le monde est un artiste",
(qu’est ce qui leur prends à ces artistes de se mêler
de physique?)...
Ce promeneur sait-il qu'il est le paysage?.
Et si le temps le rattrape puisqu’il lui faut encore changer le
monde, ce qu’il a volé de sens et de conscience préfigure
l’humanité grandissante. |